L'actualité du Grand Meaulnes
«Le Grand Meaulnes» : Préfaces récentes par Guy GRENET
La nécessité du chagrin d'amour
Le Grand Meaulnes à L’Isle-Jourdain (Vienne)
Un nouveau bureau pour l’AGILE
Une nouvelle édition du Grand Meaulnes
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LE GRAND MEAULNES » : PRÉFACES RÉCENTES par Guy GRENET
L’année 2009 a vu de nombreuses éditions du Grand Meaulnes, toutes accompagnées de préfaces ou d’études critiques. Le bulletin de l’AJRAF a rendu compte, dans son dernier numéro, et en deux approches différentes (Guy Grenet , Michèle Maitron-Jodogne), de la préface proposée par Sophie Basch (Les Classiques de Poche). Michèle Maitron-Jodogne donnera, dans le bulletin du second semestre 2010, son point de vue sur le travail de Marie-Hélène Boblet, pour l’édition critique d’Honoré Champion. Mais il nous a paru utile — et juste — d’évoquer également quelques autres travaux du même genre, qui ont retenu notre attention.
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19 octobre 2009
C’est
en 1962 qu’Henri Lullier était arrivé avec sa jeune femme, Andrée à l’école
d’Épineuil-le-Fleuriel, un an avant le cinquantième anniversaire de la
publication du Grand Meaulnes. Il se
savait, bien sûr, le successeur d’Auguste Fournier, le père de l’écrivain
et il était fier de maintenir les traditions de l’instituteur républicain ;
mais il connaissait peu alors l’écrivain dont il portait le prénom. Cette
lacune ne devait pas durer longtemps : il devint bientôt l’un des
meilleurs exégètes du roman et de son cadre.
Les
innombrables amis d’Alain-Fournier qui ont visité, sous sa conduite, « la
longue maison rouge », le village et ses environs n’oublieront jamais le
charme de ces moments, quand il se dressait, badine en main, devant le tableau
noir – face un jour à François Mitterrand – ou qu’il faisait frotter sur
le plancher la porte de la mansarde. On s’évadait avec lui pour « l’aventure »
lorsqu’il vous conduisait par «
Non
content de diriger l’école jusqu’en 1986, installé dans la « ferme
du père Martin », il réussit à sauver « le silence des trois
greniers », menacé par des plans ministériels de réaménagement, puis
il joua un rôle majeur dans la création de l’association de gestion des intérêts
littéraires d’Épineuil (AGILE) et dans la conservation du musée-école,
qu’il continua à animer aux côtés de son épouse avec un enthousiasme
infatigable. Henri Lullier fut, lui aussi, un « passeur » pour tant
d’âmes qu’il passa « sur le rivage de (s)on pays où toutes choses
sont vues dans leur secrète beauté ».
Michel Baranger
D'autres articles rendant hommage à Henri Lullier
Site
de l'école d'Epineuil Le Fleuriel
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La nécessité du chagrin d'amour
La nécessité du chagrin d'amour
Alain-Fournier ou l'invention de l'adolescence
d’André Agard [1]
lu par Michel Baranger
Après Alain Buisine[2] et ses Mauvaises pensées du Grand Meaulnes[3] – dont Michel Brouillou dénonça férocement, dans ce Bulletin en 1993, les imprudences iconoclastes – voici un authentique psychanalyste qui, consacrant sa vie à l’accueil d’adolescents en difficulté, relit en même temps le roman et la vie d’Alain-Fournier avec un regard professionnel certes, mais sincèrement aimant, et généreusement stimulant, à l’image de celui qui le porte vers le « Grand Mouloud », dans son chapitre conclusif. Et il le fait en connaisseur averti de l’écrivain et de son oeuvre.
Sa thèse – rejoignant celle de Michèle Maitron-Jodogne[4] qu’il cite d’ailleurs à la page 119 – est que le long travail d’écriture que s’imposa le jeune Fournier entre juin 1905 et février 1913 a constitué pour lui une « véritable auto-analyse thérapeutique », courageuse et somme toute solitaire, malgré l’intense amitié de Jacques Rivière ; après les fugitives rencontres de l’Ascension et de la Pentecôte et l’« à quoi bon ? » répété de la grande jeune fille – le tout noté avec une précision de romancier les jours suivants –, après les échecs tout aussi répétés aux examens de Cagne, après les attentes absurdes, la solitude et l’ennui d’un service militaire de deux années, après la liaison puis les ruptures répétées encore, si douloureuses avec Jeanne Bruneau, le temps viendra pour lui de « travailler terriblement à son livre », et ce n’est pas sans « volupté » qu’il y trouvera enfin son « chemin de Damas ». Le « transfert » sur sa « Damoiselle élue », cependant ne s’achèvera qu’avec la lettre qu’il écrit à Yvonne Brochet en septembre 1912, lettre qu’il lui remettra en mains propres dix mois plus tard à Rochefort, alors que son roman a commencé à paraître dans La NRF et que sa relation avec Pauline Benda a pris une tout autre tournure.
On peut bien sûr contester la pertinence de cette critique ouvertement lacanienne d’un auteur et d’une oeuvre mythiques, bien éloignés en apparence d’une telle recherche, on peut regretter qu’André Agard se laisse parfois emporter par son imaginaire ; mais du moins qu’on se rassure : le style est rarissimement jargonneux, souvent drôle au contraire, agréablement souple, lorsque le psychothérapeute s’implique avec ses propres souvenirs d’enfance – un peu rêvés, dit-il lui-même – ou ses balades berrichonnes et lorraines de « vélocilecteur » : tel François Seurel « buvant le pays de Meaulnes » entre Le Vieux-Nançay et La Ferté-d’Angillon ou Henri Fournier lui-même s’affirmant « vivant » comme l’eau de la Sauldre sur la route d’Ivoy-le-Pré. Nombre de nos amis pourront, à mon avis, trouver dans ce livre une lumière fort nouvelle et joyeuse sur la lente purification d’un jeune homme « dont l’enfance fut trop belle », sur le labeur persévérant d’un tout jeune écrivain, bientôt enlevé à l’affection de ses milliers de lecteurs enthousiastes, poussés en avant cependant par leur frustration même.
[1] Éditions EPEL, 2009, 160 p., 19 €.
[2] Paix à son âme ! ce professeur à l’Université de Lille III, italianisant, auteur de livres sur Proust,Sartre , Verlaine, Pierre Loti, Piero della Francesca et Canaletto est mort le 2 juillet dernier, à l’âge de 60 ans.
[3] Presses Universitaires de France, Le texte rêve , 1992.
[4] Alain-Fournier et Yvonne de Quiévrecourt : fécondité d’un renoncement, Bruxelles, PIE Peter Lang, 2000.
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Le Grand Meaulnes à L’Isle-Jourdain (Vienne)
Qui eut pensé que cette petite ville poitevine – à ne pas confondre avec la cité gasconne du même nom[1] – allait célébrer Le Grand Meaulnes, quatre-vingt-quinze ans après sa publication ? Le dimanche 16 novembre, l'association « Les Rivages du temps » a présenté, à la Salle des fêtes communale, une lecture-spectacle conçue et réalisée par Stéphane Godefroy, d'après le roman d’Alain-Fournier, avec Clément Pierret et Stéphane Godefroy, accompagnés au piano par Paquita Faguet, et des costumes de Gustave Boistard. La représentation avait été précédée d'une conférence de notre infatigable ami Guy Grenet, venu tout exprès de Normandie, sur l’auteur et son oeuvre : devant cent cinquante personnes (sur les mille trois cents que compte la commune), il s’employa à lever divers malentendus, quant au caractère autobiographique du roman ou à son aspect de « conte bleu » destiné aux jeunes lecteurs et à indiquer quelques pistes de lecture pour relire aujourd’hui Le Grand Meaulnes avec un intérêt renouvelé et un œil neuf.
[1] Rappelons que le sous-lieutenant Fournier la traversa, le 9 juillet
1909, après les manœuvres du camp de Bouconne, et
qu’il y reprit le train pour Mirande, au terme de nouvelles
manœuvres, le 16 septembre 1911.
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Un nouveau bureau pour l’AGILE
Suite à la réunion de son conseil d’administration, le 31 octobre 2008, l’Association pour la gestion des intérêts littéraires d’Épineuil-le-Fleuriel (AGILE) a élu son nouveau bureau. Président : M. Patrice Delabre Vice-présidents : M. Henri Lullier, Mmes Anne Meurisse et Chantal Séverin Trésorière : Mme Monique Bonnin Trésorière adjointe : Mme Barbara Berby Secrétaire : M. Michel Berby Secrétaire adjointe : Mme Dominique Royer Membres : Mmes Françoise Hoyle et Andrée Lullier, M. Louis Pallazetti. Rappelons que l’AGILE est responsable de la Maison-école du Grand Meaulnes à Épineuil-le-Fleuriel (18360) ; celle-ci est ouverte pour les groupes du 1er mars au 30 novembre tous les jours sur rendez-vous, et pour tous du 2 avril au 15 novembre tous les jours sauf le mardi. Tél. 02 48 63 04 82 ; Site web : http://grandmeaulnes.free.fr/ ; Courriel : grandmeaulnes@free.fr
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Une nouvelle édition du Grand Meaulnes
Au mois d'août 2008, est parue une nouvelle édition critique
du Grand Meaulnes, établie, présentée et annotée par Sophie Basch, professeur à
la Sorbonne, dans la collection "Les Classiques de Poche". Outre une préface de
37 pages, nourrie de références littéraires qui donnent à réfléchir, on trouve
en fin de volume, un "dossier" de 46 pages, comportant "le chapitre écarté" par
Alain-Fournier "La dispute et la nuit dans la cellule", mais publié par Jacques
Rivière en 1924 dans Miracles, ainsi qu'une chronologie très détaillée et une
bibliographie sélective bien actualisée.
On n’y trouve pas toutefois les "brouillons" du roman, présentés en 1986 par les
"Classiques Garnier", et malheureusement épuisés depuis plusieurs années, qui ne
pouvaient trouver place dans une édition de poche. En attendant leur mise en
ligne sur le site Internet de la Médiathèque de Bourges, l'Association des amis
de Jacques Rivière et d'Alain-Fournier envisage de rééditer dans son Bulletin ce
« Dossier du Grand Meaulnes ».
La présente édition des Classiques de Poche devait initialement paraître en deux
volumes, l'autre étant consacré à Miracles et aux "Chroniques et critiques",
ainsi qu'à des extraits des correspondances d'Henri Fournier, et présenté par
Jacques Dupont ; la publication de ce second volume a été retardée. Souhaitons
que ce retard soit rapidement comblé, de manière à ce que les lecteurs puissent
avoir une vision globale de l'œuvre de l'auteur du Grand Meaulnes.
Michel Baranger
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Page créée le 20 Novembre 1999
Page mise à jour le 8 février 2010